Aidants familiaux : leur sacrifice peut-ils réduire leur retraite

En France, près de neuf millions de personnes apportent régulièrement une aide à un proche en situation de handicap, de maladie ou de perte d’autonomie. Ce rôle d’aidant familial implique souvent des sacrifices personnels, comme une réduction du temps de travail, une renonciation à une évolution professionnelle ou l’arrêt complet d’une activité. Ces choix peuvent influencer le nombre de trimestres validés pour la retraite et donc le montant de la pension. Cependant, le système français prévoit plusieurs mesures de protection pour ces aidants.

Les trimestres de retraite peuvent être validés pendant l’aide apportée

L’Assurance vieillesse des aidants protège la carrière

Depuis le 1er septembre 2023, l’Assurance vieillesse des aidants (AVA) a remplacé l’ancienne assurance des parents au foyer. Elle permet à certains proches aidants qui réduisent ou arrêtent leur activité de continuer à acquérir des droits à la retraite, sans cotiser eux-mêmes. La CAF ou la MSA cotisent à leur place, sur une base forfaitaire équivalente au Smic, dans la limite de quatre trimestres par an. L’affiliation à cette assurance n’est pas automatique pour tous. Elle concerne principalement les aidants percevant l’AJPA ou l’AJPP. Pour les autres, une demande doit être déposée auprès de la CAF ou de la MSA. Un plafond de revenus s’applique notamment pour les aidants d’adultes handicapés, fixé à 2 434,32 € par mois en 2024.

L’allocation journalière du proche aidant ouvre aussi des droits

Lorsqu’un salarié, un indépendant ou un demandeur d’emploi réduit ou suspend son activité pour accompagner un proche, il peut bénéficier de l’Allocation journalière du proche aidant (AJPA). Depuis le 1er janvier 2025, son montant est de 65,80 € nets par jour, ou 32,90 € pour une demi-journée. Cette allocation est versée pour un maximum de 66 jours indemnisés, renouvelables pour chaque nouveau proche aidé, jusqu’à 264 jours au total dans la carrière. Percevoir l’AJPA entraîne automatiquement l’affiliation à l’AVA, sans démarche supplémentaire, évitant ainsi toute interruption des droits à la retraite pendant la période d’aide.

Une majoration de durée d’assurance jusqu’à huit trimestres

Certains aidants peuvent bénéficier d’une majoration de leur durée d’assurance. Pour l’aide à un adulte handicapé avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %, un trimestre supplémentaire peut être attribué pour chaque période de 30 mois de prise en charge, jusqu’à un maximum de huit trimestres. Cette majoration est valable dans le cadre du régime général et se cumule avec d’autres droits, notamment ceux liés à l’éducation d’un enfant. Elle suppose que l’aidant ait réduit ou cessé son activité dans les conditions prévues par la réglementation.

Facilités pour le départ à la retraite dans certains cas

Un taux plein dès 65 ans pour certains aidants

En général, les personnes nées à partir de 1955 doivent attendre 67 ans pour obtenir le taux plein si elles n’ont pas validé tous leurs trimestres. Cependant, certains aidants peuvent partir à la retraite à 65 ans avec un taux plein. Cela concerne ceux qui ont interrompu ou réduit leur activité pendant au moins 30 mois consécutifs pour aider une personne bénéficiaire de la Prestation de compensation du handicap (PCH), sans être rémunérés. Ce dispositif leur permet d’éviter la décote liée aux trimestres manquants. Toutefois, le montant de leur pension reste proportionnel à la durée d’assurance validée.

Aider un enfant handicapé peut donner des droits spécifiques

Les parents d’un enfant handicapé avec un taux d’incapacité d’au moins 80 % peuvent bénéficier de règles avantageuses. Une majoration de durée d’assurance peut leur être accordée, à raison d’un trimestre par période de 30 mois d’accompagnement, jusqu’à huit trimestres au total. Dans certains cas, les deux parents peuvent en bénéficier. En outre, obtenir au moins un trimestre au titre de cette majoration permet d’accéder à une retraite à taux plein dès 65 ans, sous réserve des conditions du régime général.

Vérifier régulièrement son relevé de carrière

Les droits liés au rôle d’aidant ne figurent pas toujours immédiatement sur le relevé de carrière, notamment parce que l’affiliation à l’AVA n’est pas systématique. Il est donc important de consulter régulièrement son espace personnel sur le site de l’Assurance retraite. En cas de périodes manquantes, il faut signaler toute erreur et fournir les justificatifs nécessaires, comme les attestations de versement de l’AJPA, d’affiliation à l’AVA ou de reconnaissance du handicap. L’affiliation rétroactive à l’AVA peut être demandée jusqu’à cinq ans en arrière. En cas de doute, un rendez-vous avec la caisse de retraite permet de vérifier les trimestres enregistrés et de préparer les démarches à venir.

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