Retraite en danger : l’assurance-vie « Prudent » cache un piège dangereux

Bénédicte Scotto d’Apollonia pensait préparer sa retraite en toute sérénité. En 2011, elle a souscrit un contrat d’assurance-vie nommé « Premium Prudent » par l’intermédiaire d’un courtier indépendant. Présenté comme peu risqué, ce produit était censé garantir la sécurité de l’épargne. Selon ses dires, « c’est une épargne qui était présentée comme sûre ». Les brochures promettaient un rendement annuel de 7,5 %, avec un discours rassurant sur la protection du capital et la gestion professionnelle de l’argent.

Plus de dix ans plus tard, elle découvre que son capital a fondu, tout comme celui de nombreux autres clients. En France, près de 200 épargnants ont déposé une plainte pénale pour tromperie, abus de confiance et escroquerie devant le tribunal judiciaire de Nanterre. D’autres, encore silencieux, ont subi des pertes tout aussi importantes.

Promesses de rendement et pertes importantes

Les documents marketing de « Premium Prudent » annonçaient un rendement de 7,5 % par an. Le courtier allait encore plus loin, affirmant que certains investissements pouvaient rapporter au moins 20 % en quelques années. Bénédicte Scotto d’Apollonia indique avoir versé 12 000 euros sur ce contrat. Aujourd’hui, elle ne récupère qu’environ 7 000 euros, ce qui représente une perte de 5 000 euros. Sur cette période, les marchés financiers ont généralement bien progressé, ce qui soulève des questions.

Elle s’interroge : « Pour avoir de si mauvaises performances et ne pas pouvoir justifier des résultats négatifs alors que la bourse a été positive, à quoi ont-ils investi notre argent ? » D’autres clients ont investi jusqu’à 36 000 euros et n’en récupèrent qu’environ 14 000 euros, soit une perte de 22 000 euros sur vingt ans d’épargne.

De l’assureur luxembourgeois FWU à la liquidation judiciaire

Ces contrats étaient liés à l’assureur luxembourgeois FWU Life Insurance Lux S.A., anciennement Atlantic Lux. Ce dernier est supervisé par le Commissariat aux assurances (CAA) du Luxembourg. En août 2022, le régulateur a sanctionné FWU pour des défaillances en matière de gouvernance. Un sursis de paiement a été accordé jusqu’à l’été 2024. Cependant, le 31 janvier 2025, le tribunal de Luxembourg a prononcé sa liquidation judiciaire. Environ 250 000 créanciers sont concernés, dont une trentaine de milliers de souscripteurs français.

Selon l’Association de Défense des Victimes d’Assurance-Vie (ADVAV), environ 150 000 contrats ont été signés en France. À ce jour, 34 000 épargnants n’ont toujours rien récupéré. Les plaintes concernent non seulement l’assureur, mais aussi plusieurs courtiers, comme Arca Patrimoine (aujourd’hui Predictis), MD Distribution, et la société de gestion Flornoy Ferri Gestion. Face à ces chiffres, l’avocate Me Anne Charlotte Mallet s’interroge : « Où est passé l’argent ? Il y a un faisceau d’indices laissant penser que les fonds investis pourraient avoir été détournés. »

Un courtier impliqué assure, dans une réponse écrite : « La société de courtage a arrêté toute commercialisation de ses produits dès 2014, de sa propre initiative, pour protéger les épargnants. »

Quels recours pour les épargnants concernés ?

Pour ceux qui détiennent un contrat FWU, la liquidation au Luxembourg ne signifie pas que tout est perdu. Cependant, des démarches sont nécessaires. La FAQ officielle de l’assureur et l’ADVAV recommandent à chaque épargnant de faire valoir ses droits dans le cadre de la procédure. Il est aussi conseillé de documenter précisément ses pertes et de rester en contact avec son distributeur et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

  • Déposer une déclaration de créance avant le 31 janvier 2028 auprès du mandataire judiciaire.
  • Se faire accompagner par l’ADVAV, un avocat ou l’ACPR pour suivre l’évolution du dossier.

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