L’épargne du Livret A finance désormais le nucléaire EPR 2

Que devient l’épargne du Livret A ?

Lorsque vous déposez de l’argent sur votre Livret A, celui-ci ne reste pas simplement sur votre compte. Une partie est regroupée dans un fonds commun dédié à l’épargne réglementée. Récemment, une nouvelle utilisation de cette épargne a été dévoilée : une partie sera désormais consacrée au financement du programme nucléaire EPR 2.

Ce changement a été annoncé à l’issue d’un Conseil de politique nucléaire, qui s’est tenu à Penly, en Seine-Maritime, en présence du président Emmanuel Macron. Lors de cette réunion, le chef de l’État a affirmé que le nucléaire est essentiel pour atteindre les objectifs climatiques, renforcer la compétitivité et assurer la souveraineté énergétique de la France.

Il a été également précisé qu’un prêt bonifié couvrirait 60 % du coût de construction des six nouveaux réacteurs EPR 2. Ce financement sera assuré par le Fonds d’épargne, alimenté notamment par le Livret A, le LDDS et le LEP. La question du montant total de cette enveloppe est essentielle pour comprendre l’impact sur l’épargne des Français.

Les détails du financement pour le projet EPR 2

Le programme EPR 2 prévoit la construction de six réacteurs, répartis sur trois sites : Penly, Gravelines et Bugey. Emmanuel Macron a qualifié ce chantier de « chantier du siècle », en le présentant comme un pilier de la stratégie énergétique nationale. Après le Conseil, il a été confirmé que le prêt bonifié de l’État pour financer ces réacteurs sera pris en charge par le fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts.

Le premier réacteur devrait être opérationnel vers 2038, avec des mises en service successives toutes les 12 à 18 mois pour les autres unités.

Mais combien cela représente-t-il en termes financiers ? Selon EDF, le coût estimé pour les six réacteurs s’élève à environ 72,8 milliards d’euros (en euros 2020). L’État évoque une enveloppe « en dessous de 100 milliards d’euros ». En prenant ces chiffres en compte :

  • 60 % de 72,8 milliards d’euros équivaut à environ 44 milliards d’euros.
  • Si la facture finale atteint 100 milliards d’euros, la contribution pourrait grimper à environ 60 milliards d’euros.

Ce montant ne sera pas prélevé directement sur les comptes des épargnants. Il sera plutôt engagé sous forme de prêts à long terme issus du Fonds d’épargne.

Comment l’épargne du Livret A est mobilisée

Le Fonds d’épargne, géré par la Caisse des Dépôts, concentre environ 59,5 % des encours déposés sur le Livret A, le LDDS et le LEP, soit près de 400 milliards d’euros. La moitié de cette somme sert à financer le logement social et la politique de la ville, via des prêts à long terme. L’autre moitié est investie dans des titres de dette, principalement d’État, ou en actions cotées.

Selon Olivier Sichel, le directeur général de la Caisse des Dépôts, le nucléaire fait partie intégrante de la souveraineté énergétique de la France. Une contribution de 44 milliards d’euros pour le projet EPR 2 représenterait donc environ 11 % de cette épargne collective.

Pour les détenteurs de Livret A, LDDS ou LEP, les règles fondamentales restent inchangées : leur capital est garanti, ils peuvent retirer leur argent à tout moment, et le taux de rémunération est fixé par l’État, non par la performance des projets financés. Cependant, le symbole derrière cette épargne populaire évolue. Selon un sondage de 2023, 45 % des personnes interrogées seraient favorables à ce que leur épargne finance le nucléaire, contre 37 % qui s’y opposent.

Les enjeux et questions ouvertes

Une inquiétude persiste : ce financement massif du nucléaire pourrait-il réduire les fonds disponibles pour le logement social, qui est la première mission historique du Fonds d’épargne ?

Les règles actuelles prévoient que près de la moitié de l’épargne continue à financer le logement social via des prêts aux bailleurs. Mais, dans la pratique, la compétition pour les fonds devient plus intense, surtout quand un seul grand projet peut absorber plusieurs dizaines de milliards d’euros sur plusieurs décennies.

Pour l’État, utiliser l’épargne réglementée constitue une ressource abondante, stable et moins coûteuse que des financements de marché, notamment pour un secteur stratégique. La construction des réacteurs EPR 2 étant étalée dans le temps, les besoins de financement pour 2026 restent modestes, avant de s’accroître progressivement. L’orientation du Livret A et des autres livrets réglementés s’inscrira donc dans la durée, suivant le rythme du « chantier du siècle » nucléaire.

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